Premier essai : Ford Mustang Shelby GT350 2019

Le mot exotique en automobile fait souvent référence aux belles voitures italiennes ou aux puissants bolides allemands. On pense peu ou pas aux voitures construites chez nous, car, forcément l’exotisme vient d’ailleurs. Pourtant, si on prend les chiffres de la Mustang GT350 avec ses 526 chevaux, sa boîte Tremec à six rapports et des temps d’accélération qui n’ont pas à rougir devant aucune voiture européenne, la modeste Mustang peut-elle aussi atteindre l’exotisme avec les bons ingrédients.

Merci à Carroll Shelby

L’idée originale de cette voiture est l’œuvre de Carroll Shelby qui, en 1965, avait reçu de Ford un lot de Mustang qu’il devait préparer pour la course. Mais, pour homologuer la voiture, il devait en produire un minimum de 100 pour la route. Cette Mustang retravaillée devint la GT350 qui produisait en 1965, 306 chevaux. Cinquante ans plus tard, Ford souligne cet anniversaire en ramenant une nouvelle version de la GT350. Toujours construite sur la base d’une Mustang régulière, Ford injecte un moteur de 5,2 litres à vilebrequin plat capable de produire 526 chevaux à 8 250 tr/min (un chiffre inédit pour un moteur américain) et 429 lb-pi de couple. C’est le moteur à aspiration naturel le plus puissant de l’histoire chez Ford. Un différentiel standard à glissement limité Torsen optimise l’adhérence en virage et la traction en ligne droite. La seule boîte disponible est une Tremec manuelle à six rapports et toute la puissance va aux roues arrière. Toutes ces caractéristiques arrivées en 2015 demeurent au programme en 2019.

Le diable est dans les détails

Pour rendre la GT350 à la fois plus performante sur la piste et plus agréable sur les routes publiques, Ford a travaillé dans les détails pour cette mise à niveau du modèle 2019. Les écuries de F1 investissent des centaines de millions de dollars par année pour arracher quelques dixièmes de seconde au tour. Sur une échelle un peu moins astronomique, c’est ce que Ford a cherché à faire avec cette nouvelle mouture de la GT350. Ford a fait appel à Michelin qui a conçu, spécifiquement pour la GT350, un pneu Michelin Pilot Sport Cup 2 frappé du sceau FP sur le pneu pour Ford Performance. Ses composantes offrent une meilleure accélération, une adhérence latérale et un freinage, tous améliorés. Les pneus 295/35/19 à l’avant et 305/35/19 à l’arrière ont été ajustés pour une performance optimale tout comme les 305 à l’avant et 315 à l’arrière sur la version R. Un tout nouveau becquet arrière avec volet de Gurney (en l’honneur du pilote Dan Gurney) et cache de calandre optimisée offert en option a été conçu à partir des expériences acquises lors d’essais en soufflerie pour les voitures de course Mustang de Ford Performance et le modèle Shelby GT500 à venir. Ils améliorent l’aérodynamisme et la portance. La suspension MagneRide s’adapte à la conduite en étant plus confortable sur la route et plus performante sur la piste. Finalement, les freins Brembo passent de quatre à six pistons à l’avant et conservent quatre pistons à l’arrière.

Afin d’offrir une plus grande maîtrise et une meilleure réponse aux manœuvres du conducteur, la direction assistée à commande électronique et les paramètres de contrôle électronique de la stabilité à trois modes de la Shelby GT350 présentent des améliorations découlant des centaines d’heures d’essais sur piste effectuées par Ford Performance.

Un intérieur orienté course

Les modèles de performance ne sont pas les endroits les plus accueillants dans le monde automobile. Mais, comme la majorité de votre temps se passera sur la route, il se doit d’y avoir un minimum de confort et Ford a optimisé quelques aspects, à commencer par les sièges sport Recaro spécialement conçus pour la GT350 qui offre un maximum de support, en plus de pouvoir accueillir une ceinture de course en cinq points si vous faites beaucoup de piste. Un volant à fond plat permet un meilleur ajustement pour le conducteur. Les indicateurs sont mis à niveau pour refléter les performances de la GT350. Les finitions chromées et brillantes ont été réduites ou éliminées pour éviter les reflets du soleil susceptibles de distraire le conducteur.

Pour ceux qui ne priorisent pas les circuits routiers, Ford offre les nouveaux sièges à réglage électrique livrables avec des empiècements en suède Miko qui procurent un confort accru. Une nouvelle chaîne audio de 12 haut-parleurs de Bang & Olufsen est en option et est commandée à l’aide du système SYNC® 3 avec écran tactile de 8 pouces. La régulation électronique automatique de la température à deux zones est également offerte de série, tout comme l’ouvre-porte de garage universel.

Une véritable machine de guerre

Deux avertissements avant de prendre le volant. Premièrement, pour ceux qui n’ont pas l’intention de faire du circuit routier; inutile de dépensé 76 600 $ pour la GT350 (10 000 $ de plus pour la version R). Cette voiture est taillée pour la piste et il vous sera difficile d’exploiter ne serait-ce que 50 % de son potentiel sur la route sans risquer de perdre votre permis. Allez plutôt vers une GT qui vous coûtera 30 000 $ de moins et procurera beaucoup de plaisir ou, pour un peu plus d’exclusivité, une Bullit est sans doute la Mustang « de rue » la plus intéressante.

Deuxième avertissement : vous n’êtes pas au volant d’une voiture allemande. Il n’y a pas la finesse et l’élégance d’une BMW M ou d’une AMG chez Mercedes-Benz. Vous êtes assis sur un taureau dans une arène au rodéo. Le moteur est bruyant, la puissance arrive comme une tonne de brique. Si vous êtes gentil, la GT350 demeure civilisée. Si vous avez envie de tester le potentiel de la bête, il faut s’accrocher solidement. En moins de 4,5 secondes, vous êtes à 100 km/h dans un son qui va réveiller un quartier au complet. Sur le circuit M1 de Pontiac, au Michigan où nous avons fait quelques tours, il faut se montrer patient. Malgré un équilibre bien maintenu par son amortissement magnétique piloté en continu et l’usage de son différentiel à glissement limité, le moindre excès d’enthousiasme fait rapidement valser l’arrière. Il faut beaucoup de courage pour laisser tomber les aides à la conduite électronique. Ce n’est pas une voiture pour novices.

En revanche, le son qui émane du moteur vous dresse le poil sur les bras. Peu de moteurs sur la route offrent autant de tempérament à ce prix. Sur la route, vous pouvez rouler en mode confort en muselant l’échappement pour une conduite qui reste très civilisée ou, si vous avez un peu de route devant vous, le mode Sport et l’échappement libre feront monter l’adrénaline à coup sûr.

Conclusion

Cette GT350 nous rappelle pourquoi Ford avait remporté les 24 heures du Mans dans les années 60 et que la technologie ne se limite pas seulement aux camionnettes du groupe. Souhaitons qu’il reste encore des machines à faire rêver sur la route. Cela vous change de la grisaille automobile moderne.

De l’exotique à l’américaine 2019-05-14 06:00:00