Indice des prix AutoHebdo 2026 — deuxième trimestre : le marché résiste, malgré l’ombre de l’ACEUM

Un ralentissement, oui, mais pas la débandade

Le marché automobile canadien a connu un ralentissement au deuxième trimestre, mais celui-ci a été plus modéré que ce que plusieurs redoutaient. Selon les plus récentes données compilées par le groupe AutoHebdo, les ventes ont fléchi aussi bien dans le neuf que dans l’occasion, sans toutefois s’effondrer. Elles ont été portées par un regain d’intérêt pour l’électrique et par des consommateurs solvables qui continuent d’acheter, malgré des taux d’intérêt élevés et une incertitude économique persistante.

  • Le prix moyen d’un véhicule neuf recule de 2,2 % sur un an, à 63 016 $, celui de l’occasion baisse de 2,6 %, à 36 690 $
  • Les ventes d’occasion ont reculé d’environ 2,5 % sur un an au deuxième trimestre (-1,0 % depuis le début de l’année), et celles du neuf de 1,3 % (-2,6 % depuis janvier), mais les deux segments ont rebondi en juin
  • Les véhicules électriques demeurent le moteur du marché, avec des ventes en hausse de 15,8 % sur un an depuis le début de 2026, un phénomène qui pousse même les prix des véhicules électriques d’occasion vers le haut (+0,4 % sur un an), à contre-courant du reste du marché

Un ralentissement, oui, mais pas la débandade

On s’attendait à un retour au calme après le regain de demande, encouragé par les droits de douane, l’an dernier. C’est exactement ce qui s’est produit, mais de manière plus modérée que prévu. Les acheteurs à risque, ceux dont le pouvoir d’achat a été le plus limité par la hausse du coût de la vie, ont le plus reculé. À l’inverse, les consommateurs disposant d’un bon dossier de crédit ont acheté davantage de véhicules d’occasion durant les deux premiers trimestres de 2026 qu’à la même période de l’an dernier.

Autrement dit, ce n’est pas l’appétit qui manque, mais la santé du portefeuille.

Véhicules électriques : le seul segment qui roule à contresens

Le retour des incitatifs fédéraux à l’achat d’un véhicule électrique (programme PAVE), les investissements dans les infrastructures de recharge et la hausse du prix du pétrole ont stimulé la demande pour les véhicules électriques neufs.

Du côté de l’occasion, la demande se concentre sur les modèles abordables, tandis que l’offre continue de miser sur les modèles plus dispendieux. Résultat : un bras de fer entre l’offre et la demande qui a fait grimper le prix moyen des modèles électriques d’occasion de 0,4 % sur un an, tandis que le reste du marché de l’occasion recule.

Les prix continuent de se normaliser, sans revenir à l’ancienne normale

Après des années d’inflation soutenue, la tendance à la baisse se maintient, mais tranquillement. Le prix moyen d’un véhicule neuf a reculé de 2,2 % sur un an pour s’établir à 63 016 $, une baisse à peine perceptible d’un mois à l’autre (+0,1 %). Dans l’occasion, le prix moyen a reculé de 2,6 % pour atteindre 36 690 $. Ne vous attendez toutefois pas à revoir les prix d’avant la pandémie. Entre l’offre limitée, la demande renouvelée et des facteurs structurels tels que la croissance démographique et l’électrification, la « nouvelle norme » du marché va rester nettement au-dessus de celle de 2019.

Les camionnettes en tête, mais les VUS toujours omniprésents

Sans surprise, la camionnette demeure le type de véhicule le plus cher sur le marché, autant dans le neuf (82 045 $, +2,3 % sur un an) que dans l’occasion (50 632 $, également +2,3 %). Les fourgonnettes neuves suivent (67 936 $, -1,5 %), devant les VUS (57 601 $, -1,4 %) et les voitures, qui restent les plus abordables à 53 986 $, mais qui accusent le recul annuel le plus marqué du groupe (-12,3 %).

Dans l’occasion, les voitures (35 294 $, -1,1 %) et les fourgonnettes (35 141 $, +0,8 %) se suivent de près, devant les VUS (33 953 $, -4,2 %).

Du côté de l’origine des marques, les véhicules européens demeurent les plus chers, autant dans le neuf (76 739 $) que dans l’occasion (51 421 $, un recul marqué de 5,2 % sur un an). Les modèles nord-américains suivent (70 295 $, neuf, 38 952 $, occasion), tandis que les véhicules asiatiques restent, comme toujours, l’option la plus abordable (45 707 $ dans le neuf, 27 582 $ dans l’occasion).

Le Québec et l’Atlantique mènent la baisse des prix

Sur le plan régional, le Québec affiche l’un des reculs les plus marqués au pays dans le neuf, avec une baisse de 4,7 % sur un an (63 284 $), tout juste derrière les provinces de l’Atlantique (-6,1 %, à 56 165 $). Dans l’occasion, le prix moyen a reculé de 2,1 % (35 746 $) au Québec, une baisse plus modeste que celle observée en Colombie-Britannique (-5,6 %) ou dans l’Atlantique, où le recul de 10,0 % est le plus important au pays. L’Ontario, à l’inverse, affiche une quasi-stabilité dans l’occasion (+0,1 %, à 34 985 $).

Des mensualités qui ne bronchent presque pas

Du côté des mensualités, le portrait reste stable. Dans le neuf, la moyenne s’établit à 935 $, en baisse de 2,2 % sur un an. Dans l’occasion, elle grimpe légèrement à 640 $, une hausse de 0,9 %. Avec une marge de manœuvre limitée pour de nouvelles baisses de taux d’intérêt, il ne faut pas s’attendre à des surprises d’ici la fin de l’année. Les consommateurs devraient s’attendre à des mensualités relativement stables jusqu’à la fin de 2026, quel que soit le moment où ils achètent un modèle.

Ce qu’on recherche, ce qu’on achète

La Honda Civic conserve son titre de véhicule le plus recherché au pays, devant le Toyota RAV4 et le Ford F-150, qui recule au troisième rang après avoir dominé le classement au premier trimestre. La Chevrolet Corvette et la Ford Mustang suivent, avant un retour en force du Honda CR-V. La Porsche 911, autrefois en tête, glisse au septième rang. La Toyota Corolla, la Toyota Tacoma et le Toyota 4Runner, tous en progression, complètent la liste des 10 premiers.

Au Québec, la Honda Civic domine également, suivie du Toyota RAV4. Fait intéressant, la Toyota Corolla grimpe au troisième rang. La Ford Mustang et la Porsche 911 suivent, devant le Honda CR-V, qui passe du 17e au 6e rang. La Mazda CX-5 et la Mazda3 s’invitent aussi dans le top 10, une couleur bien de chez nous que l’on ne retrouve pas dans le classement national.

Pour ce qui est des ventes réelles de véhicules d’occasion, le Ford F-150 domine toujours au pays, devant le Nissan Rogue et le Ram 1500. Au Québec, c’est plutôt la Hyundai Elantra qui mène le bal, suivie du Toyota RAV4 et du Honda CR-V, un portrait qui confirme, une fois de plus, que les priorités des acheteurs québécois ne sont pas tout à fait celles du reste du pays.

Les inventaires se regarnissent, mais inégalement

Le léger recul des ventes dans le neuf, combiné à une production plus stable, a permis aux stocks de se regarnir. Celui des VUS neufs grimpe de 24,2 % sur un an, celui des voitures de 21,9 % et celui des camions de 14,1 %. Mais la disponibilité varie énormément d’un constructeur à l’autre : certains croulent sous les surplus, d’autres peinent encore à répondre à la demande. Du côté de l’occasion, les stocks demeurent globalement stables, avec un niveau d’approvisionnement à 44 jours, contre 41 un an plus tôt. Les véhicules électriques d’occasion abordables, eux, restent difficiles à dénicher, ce qui explique en grande partie la hausse de leurs prix.

L’ACEUM, ce nuage qui refuse de se dissiper

La renégociation de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique continue d’entretenir l’incertitude sur le marché, mais son impact réel sur les habitudes d’achat demeure limité. Les consommateurs sont au courant des pourparlers, mais l’accessibilité (un prix raisonnable) reste, et de loin, le facteur qui pèse le plus lourd dans la balance. Anticipant une hausse des prix dans le neuf, certains acheteurs se tournent déjà vers l’occasion plutôt que le neuf, une proportion de 14 % selon nos recherches. Si l’incertitude économique globale pousse une partie des consommateurs à reporter leur achat, l’ACEUM, lui, n’a pour l’instant que peu d’influence directe sur les décisions.

Vers un équilibre, tranquillement

Dans l’ensemble, le marché automobile canadien traverse l’année 2026 avec plus de résilience que ce qu’on anticipait. Le volume des ventes reste relativement stable, les prix poursuivent leur normalisation et la demande est portée par des acheteurs solvables, de plus en plus attirés par l’électrique.

Ce n’est pas la correction brutale que certains redoutaient, mais plutôt une lente transition vers un marché mieux équilibré. Reste à voir si la prochaine ronde de pourparlers sur l’ACEUM viendra brouiller les cartes d’ici la fin de l’année.

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Daniel Rufiange

Historien de formation, Daniel Rufiange a enseigné cette matière pendant 16 au secondaire avant de se tourner vers la chronique automobile, un métier qui lui permet de combiner ce champ de connaissance avec deux autres passions : l’écriture et l’automobile.

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