Essai routier : Dodge Charger SXT AWD 2019

Charger. Voilà un nom bien agressif et bien de son époque au moment où il a été apposé pour une première fois sur un grand coupé en 1966. La génération suivante débarque en 1968 avec une ligne à faire pâmer Hollywood, qui fait de la Charger la voiture des bons, des vilains et de ceux entre les deux. La troisième génération prend du poids et se fait frapper de plein fouet par la crise du pétrole de 1973. Les ventes pâtissent, et le nom Charger se retrouve finalement apposé sur une Chrysler Cordoba à peine maquillée – gênant – avant d’être mise au repos.

Il suffit de rouler vers le sud jusqu’à ce que vos annuelles deviennent des vivaces pour constater que cette grande berline a toujours la cote là où l’hiver ne met pas les pieds

Les amateurs ont quelque peu protesté quand le Chrysler de Lee Iaccoca a ressuscité le nom pour relancer le coupé sport Dodge Omni 024, une traction avant à quatre cylindres, mais les baby boomers ont toutefois vraiment pété les plombs quand Daimler-Chrysler a redonné vie une troisième fois à la Charger, cette fois sous la configuration hérétique d’une berline à quatre portes. Sacrilège!

Au moins, le châssis à propulsion était de retour, gracieuseté d’emprunts corporatifs à la Mercedes-Benz de Classe E, tandis que le V8 HEMI effectuait lui aussi un retour remarqué. Mais pour titiller encore plus les fidèles, la voiture des pourchassés devient dans le Chrysler de FCA celle des poursuivants, la Charger étant devenue de nos jours l’auto-patrouille par excellence. On l’essaie pour vous, depuis le siège avant.

Shérif, fais-moi peur

Assemblée en Ontario, mais « conçue à Détroit » comme FCA le dit dans ses pubs, la Charger est discrète chez nous, mais il suffit de rouler vers le sud jusqu’à ce que vos annuelles deviennent des vivaces pour constater que cette grande berline a toujours la cote là où l’hiver ne met pas les pieds. Eh oui, malgré les aides à la conduite modernes et les pneus d’hiver d’aujourd’hui, les berlines à propulsion en arrachent toujours dans la neige, comme en témoigne une vidéo virale d’un agent du SPVM enlisé sur une rue à faible pente.

Cet agent de police, tout comme les frères Duke sur leurs routes de gravier, aurait eu un malin plaisir à s’éclipser des paparazzis ou du Shérif s’ils avaient bénéficié de la traction intégrale, tout comme ma voiture d’essai. On s’en étonne toujours, mais peu de gens savent que depuis son retour en tant que berline, la Charger offre l’option de la traction intégrale. Pour 2019, l’offre intégrale se limite à la version SXT à moteur V6 et boîte de vitesse automatique ZF à huit rapports.

« Ma vitesse de pointe est illimitée !! »

Cette citation est tirée du célèbre film de poursuite Larry le dingue, Mary la garce, où un policier qui se fait confier une auto patrouille avec filtre à air chromé croit avoir là l’outil ultime pour rattraper la Charger 1968 pilotée par le personnage de Peter Fonda. Ce sera peine perdue, évidemment!

Notre fringant jeune policier n’aurait pas été impressionné par le couvercle décoratif en plastique noir du V6 Pentastar de 3,6 litres. Pourtant, la mécanique de base de la Charger est très loin du vieux « six penché » Chrysler de l’époque des classiques d’Hollywood. Fort de 292 chevaux et 260 lb-pi de couple, ce V6 convient amplement à la tâche, livre des performances solides et pousse des notes assez viriles merci. Il est livrable sur la version SXT avec la propulsion arrière ou, en option (+ 5 400 $) avec l’intégrale, où il gagne 6 chevaux et 4 lb-pi. Une GT à propulsion seulement, mais aux tarages plus sportifs, est dotée de ce même moteur, version 300 équidés. Pour les inconditionnels du V8, le HEMI s’offre en plusieurs déclinaisons, toutes à propulsion arrière seulement : R/T (5,7 litres, 370 ch), Scat Pack 392 (6,4 litres, 485 ch) et Hellcat (6,2 litres à compresseur, 707 ch). Deux traits communs à toutes les Charger : une boîte automatique à huit rapports et une gueule qui fait peur dans le rétroviseur.

Comme en patrouille

La seconde génération de la berline Charger est apparue en 2011. Avec l’amélioration de la visibilité, la puissance du V6 Pentastar et l’amélioration de sa consommation par rapport à sa devancière, elle est rapidement devenue la coqueluche des flottes policières. Il faut le dire : la Charger actuelle est à la fois la plus belle et la plus intimidante auto patrouille de mémoire de « X ». On comprend le choix des opérateurs de flottes dès qu’on monte à bord : l’assise est haute, voire surprenante pour une berline. On y est assis bien droit, et on domine la route. Comme un flic.

Les proportions de la frangine Challenger trahissent le plus la verticalité de cette plate-forme, habilement camouflée par la généreuse longueur de la Charger. On se surprend à regarder pratiquement au-dessus des compactes dans la circulation, la Dodge surcoiffant une Civic d’un bon 5 cm. L’espace pour la tête est généreux, à l’avant comme à l’arrière. Même en livrée SXT de base, les sièges baquets sont dotés de contours agressifs pour la conduite sportive, mais notre gabarit de « 2x4 » n’ayant rien de celui de l’Américain moyen, on s’y sent un peu comme un gamin dans les chaussures de son père. On apprécierait des appuis latéraux réglables électriquement pour réduire la trop grande largeur du dossier. Il m’arrivait fréquemment lors de manœuvres en virage serrés de venir coincer mon bras entre mon torse et le support latéral du siège, juste pour vous donner une idée se sa largeur…

Tout le reste du poste de pilotage loge à cette adresse « Big Boy ». Le volant a un gros boudin et un gros moyeu, sur lequel on trouve de gros boutons, faciles à utiliser. Plutôt que de tout coincer sur les rayons, des commandes se trouvent aussi derrière ceux-ci, comme pour le volume de la chaîne audio par exemple. La planche de bord rappelle les années ’70 avec cette immense courbure qui n’en finit pas et cet aspect « matelas soufflé » avec fausses coutures en prime. Au moins, c’est rembourré. Comme pour les sièges, l’importance des « remplissages » en plastique gris foncé témoigne du « surdimensionnement » du fascia, au point que l’écran tactile de 8,4 pouces y semble tout menu. Parlant menus, ils sont très clairs, l’écran est rapide à répondre et loge bien à l’ombre, restant visible de jour. La grosse poignée du court levier de vitesse poursuit le thème, et sa forme rappelle le « Slap Stick » des anciennes boîtes Torqueflite des classiques de la marque. La ventilation, elle, se pense en Géorgie alors qu’elle vous balance de l’air froid, même réglée à 23°C quand il en fait 12 dehors.

Rien à redire sur l’assemblage par nos voisins de Brampton; cette Charger était exempte de cliquetis et autres rossignols. S’il y en avait eu, la chaîne audio Alpine optionnelle les aurait chassés sans problème, mais encore là on fait plus dans le gros que dans la qualité. L’habitacle ne s’habille que de noir, pour compléter le look matamore de la Charger. Même la doublure de pavillon est noire, les éclaircissements étant limités à quelques plastiques contrastants optionnels.

Dehors, c’est tout le contraire, alors qu’une palette de couleurs extroverties dignes de l’époque glorieuse des muscle cars est disponible. La Charger d’essai était d’ailleurs peinte d’un bleu iridescent qui faisait tourner les têtes, surtout celles des « ti-gars », les dames – dont ma douce moitié – voyant dans cette voiture l’expression de l’immaturité de son conducteur. Reste que ce dernier trouve que son Hot Wheels grandeur nature est diablement beau. La refonte de 2011 est allée puiser dans les éléments stylistiques de la plus belle des Charger, la ’68-’70, avec ses épaules équarries, piliers « C » volants, portières sculptées et feux arrière enveloppants. On aime!

Ça rentre au poste

Pour une voiture qui semble avoir été dessinée avec de la testostérone liquide, on s’étonne de son raffinement sur la route. Un aristocrate en blouson de cuir ne trahit pas ses origines, tout comme la Charger avec sa génétique qui a gardé des traces de sa gestation chez Mercedes. L’ajustement électrique du volant inclinable et télescopique est un indice qu’il reste un peu de composantes allemandes ici. Le V6 corporatif de 3,6 litres, qu’on retrouve sous tous les capots chez FCA, de la Grand Caravan au Ram 1500, offre ici un baryton plus musclé à travers son échappement double. Sans être un foudre de guerre, il déplace la grande berline avec autorité, même si la masse gomme un peu la sensation de vélocité. Un collègue a d’ailleurs laissé en mémoire un 0–100 km/h en 6,9 s sur le chronomètre de l’ordinateur de bord, possiblement avec le mode départ canon.

L’excellente boîte ZF à huit rapports fait du bon boulot et ne semble pas partir à la chasse au rapport, au point que les modes manuels apportent peu à l’expérience. Elle contribue fortement à abaisser la consommation, le moulin ne tournant qu’à 1 500 tours à 100 km/h. Le prix Découverte va toutefois au châssis, qui offre un raffinement inattendu au sein de ce fantasme juvénile. Le roulement est ferme, sans le flottement nautique qu’on pourrait craindre d’une grande berline, ou l’amortissement en béton d’une sportive du Sud. La Charger n’a pas la maniabilité d’une voiture sport, mais elle offre un aplomb étonnant tout en absorbant les inégalités de la route. Oui, ça secoue un peu, mais pas de quoi s’alarmer. La puissance des freins ajoute à l’élément de confiance, et on se dit que les policiers ont du crié Alléluia! quand ils ont finalement mis leurs vieilles Ford Crown Victoria au rancart…

Véhicule à la fois utilitaire et sportif

La Charger aime bien faire son cinéma, mais quand on se retrouve dans la réalité des manœuvres dans les rues étroites des centres-villes, ou pire des stationnements en sous-sol, son gabarit gâche un peu le plaisir. Les aides radar et capteurs de mouvements latéraux sont alors précieux, car le coffre est bien loin derrière quand on recule d’une case encadrée par deux colonnes de béton.

Libéré des espaces clos, on apprécie l’autorité intimidante de cette américaine pure laine, dont les aides au maintien de voie et régulateur de vitesse adaptatif sont un peu maladroits, comme si la Charger manquait de finesse avec ses gros biceps. Son créneau se révèle quand le pied droit s’enfonce et que la voie se libère par magie devant soi. Avec son grand habitacle, son châssis adapté à nos « belles » routes et sa traction intégrale, on a là un véhicule à la fois utilitaire et sportif, et qui a livré malgré tout une belle moyenne de 11,2 l/100 km en conduite mixte urbaine, mieux que tout VUS à six cylindres – ou 4 cylindres turbo – a pu faire sous ma gouverne. Elle a beau être une caricature du passé, le gamin de 15 ans en moi a regretté d’en rendre les clés.

Dodge Charger SXT AWD 2019
Cylindrée: 3,6L
Nb. de cylindres: V6
Puissance: 300 ch @ 6 350 tr/min
Couple: 264 lb-pi @ 4 800 tr/min
Consommation de carburant: 12,8/11,0/8,7 L/100 km ville/route/comb
Volume de chargement: 455,9 L
articles_PricingType Dodge Charger SXT AWD 2019
Prix de base 42 245 $
Taxe climatiseur 100 $
Frais transport et préparation 1 895 $
Prix tel qu’essayé 52 860 $
Équipement en option 8 620 $ – Peinture couche bleue nacrée, 100 $; Groupe Plus (sièges en cuir Nappa ventilés et chauffés, rétroviseurs anti éblouissement, appuie-bras central arrière, tableau de bord capitonné, sièges avant à réglages électriques, volant chauffant inclinable et télescopique électriquement, mémoire des réglages, éclairage intérieur DEL, aide aux angles morts, carpettes noires), 2 495 $; Groupe protection Mopar (seuils de portes brillants, pédales brillantes, tapis de coffre, carpettes rehaussées), 595 $; Groupe Technologie (Assistance au freinage, essuie-glaces automatisés, maintien de voie, feu de route automatisés, alertes de collision, régulateur de vitesse adaptatif), 1 895 $; Groupe Blacktop (insignes noires, garnitures intérieures noires, jantes noires 19 po), 595 $; Groupe Commodité (Projecteurs haute intensité, ouvre-portes universel), 775 $; Groupe Navigation et Voyage (Navigateur GPS intégré, système UConnect 8,4 po, abonnement 5 ans SiriusXM radio et circulation), 770 $, Toit peint noir, 1 395 $.
Équipement en option
10 0
Détails de la cote 7,0
8 Stylisme
7 Groupe motopropulseur
7 Qualité
8 Confort
6 Commodité
7 Agrément de conduite
7 Utilisation/Ergonomie
7 Consommation de carburant
7 Caractéristiques
6 Valeur