Avis d'expert

Genesis G80 Electrifiée 2023 : essai routier

8,1
10
SCORE AutoHebdo
Ce score est attribué par notre équipe d’experts après des tests approfondis de la voiture
  • STYLISME
    9/10
  • Sécurité
    10/10
  • COMMODITÉ
    7/10
  • UTILISATION/ERGONOMIE
    6/10
  • CARACTÉRISTIQUES
    9/10
  • GROUPE MOTOPROPULSEUR
    8/10
  • CONFORT
    8/10
  • AGRÉMENT CONDUITE
    8/10
  • CONSOMMATION DE CARBURANT
    8/10
  • VALEUR
    8/10

Quand une nouvelle marque se dévoile avec un produit de luxe, elle « marque » effectivement l’imaginaire collectif qui associera pour toujours son logo à un produit auquel on aspire. Genesis, dont le nom est apparu d’abord sur des modèles de la gamme Hyundai, doit donc se rattraper avec ses produits pour tailler sa place dans les hautes sphères de la société. Les critiques ont louangé la berline sport G70, le marché a épousé le somptueux VUS GV80. Plus discrètes, mais gagnant en estime, ses berlines de luxe G80 et G90 naviguent dans des eaux conservatrices avec les Jaguar, Lexus et autre Mercedes de ce monde, yachts du bitume pour amateurs de luxe traditionnel. La refonte de 2022 a remonté le « standing » de ces berlines, ma G80 d’essai ayant fait tourner bien des têtes dans son sillage, plusieurs la prenant pour une Bentley. Et plus d’un badaud s’est étonné de me voir la stationner face à une massive borne de recharge rapide. C’est que cette G80 est totalement … électrique. Aucun indice de cette vertu, si ce n’est du lettrage vert de la plaque d’immatriculation. La G80 ne souhaite pas crier à tout vent son électrification, mais les fossiles de la plateforme conçue pour l’essence viennent-ils la hanter?

Design : 9/10

La G80 fut dévoilée au Salon automobile de Shanghai en avril 2021 et débute ici en tant que millésime 2023. Genesis décrit sa G80 comme étant un mariage d’élégance et d’athlétisme, et c’est loin d’être faux. Les berlines de la marque rappellent l’esprit des Jaguar de jadis, les crédos du luxe traditionnel que sont les chromes et tôles sculptées étant apposés sur une berline large, longue et basse de laquelle transpire une puissance aristocratique. Racée, la G80 chausse des jantes dignes d’un bijoutier, les stylistes maison de Genesis produisant sans doute les plus belles roues de toute l’industrie, conçues sur mesure pour chaque modèle. S’ajoute une palette de peintures d’un lustre et d’une profondeur du plus bel effet, toutes assorties d’un intérieur aux agencements exclusifs. Seule la calandre étanche annonce l’électrification totale de cette grande dame, mais il faut y regarder à deux fois pour constater l’absence d’ouvertures. Élégante et d’une prestance à faire tourner les têtes dans son sillage, la G80 reste néanmoins de facture « old school » et ma progéniture lui trouvait des airs « vieil argent », voire même funéraires. Reste que dans un monde où règne l’uniformité des utilitaires, elle tranche comme une vedette de cinéma de par sa beauté et son éclat.

Puissance : 8/10

La G80 électrique est propulsée par un duo de moteurs AC synchrones à aimants permanents d’une puissance combinée de 365 électro-équidés et d’un couple impressionnant de 516 lb-pi. Vous aurez compris qu’on retrouve un moteur à l’avant et un autre à l’arrière, offrant ainsi la traction intégrale; quand les conditions le permettent, la G80 se propulse avec un seul moteur, question d’épargner la charge de la batterie lithium-ion de 87,2 kWh de capacité. La plateforme de la G80 étant également conçue pour une mécanique thermique conventionnelle, une bonne partie de l’électromécanique loge sous le grand capot avant, tandis que la batterie s’insère tant bien que mal dans le plancher sous l’habitacle – on y revient. Malgré son poids de 5 047 livres (!), cette grande berline abat le 0–100 km/h en un peu plus de 4 secondes seulement et possède des reprises impressionnantes. Sans grande surprise, le manufacturier déconseille le remorquage.

Agrément de conduite : 8/10

Il ne faut que quelques mètres pour confirmer que la G80 Electrifiée offre la prestance attendue d’une berline vendue plus de 100 000 $. Aucune secousse indue, pas de roulis, pas de tangage, juste une poigne ferme sur la route dans un gant de velours, comme chez les Jaguar d’autrefois. Même le mode dit « à une pédale » n’a pas la vulgarité d’un simple VÉ, la régénération étant graduelle, en fait si graduelle qu’on préfère utiliser la pédale de frein. Et il faudra veiller à utiliser cette dernière à la vue de dos d’âne, car à vitesse de stationnement nous avons heurté le fond de la voiture, la garde au sol étant très réduite (140 mm) en raison de la batterie. Un peu encombrante en ville, la G80 Electrifiée prend ses aises sur la route, où son poids élevé, son centre de gravité bas, ses voies larges et ses tarages bien étudiés lui offrent une autorité sur le bitume, à défaut d’une sportivité pure qui n’aurait pas sa place ici. Et si les paparazzis vous embêtent, la pédale de droite procure des accélérations étonnantes, le couple faisant décrocher brièvement les pneumatiques (des Toyo d’hiver sur notre voiture d’essai).

Convivialité : 6/10

Les habitacles des voitures de luxe sont de plus en plus déroutants, la technologie l’emportant souvent sur les besoins de l’usager – pensez au spectacle techno qu’est le tableau de bord de la Mercedes-Benz EQS. Les stylistes de Genesis préfèrent un look épuré – notez l’écran bas et large sur le dessus de la planche de bord – et une diminution du nombre de boutons et molettes. Celle de l’infodivertissement, en retour, doit accomplir beaucoup de tâches en la tournant, la poussant ou en appuyant dessus et on l’a souvent abandonnée pour atteindre avec les doigts les menus convoités. Et des menus, il y en a beaucoup! Il y a par exemple trois niveaux de commandes pour activer le conditionnement de cabine pendant une recharge, alors qu’un seul pourrait suffire. Et la forme et la position de la molette de l’infodivertissement sont à s’y méprendre d’avec celle des rapports – vous dire le nombre de fois qu’on a attrapé la mauvaise molette pendant une manœuvre de stationnement… D’autres commandes, comme celles du régulateur de vitesse, ne sont pas aussi intuitives qu’elles pourraient l’être. Bref, si le style est épuré et plus classe que chez les allemandes ou les californiennes, la Genesis G80 Electrifiée partage avec ses rivales un certain manque de simplicité.

Sécurité : 9,5/10

Comme pour un garde du corps, la G80 Electrifiée protège bien son « maître », avec une palme « Top Safety Pick + » de l’IIHS tandis que sa version essence s’est méritée cinq étoiles dans les essais dynamiques de la NHTSA. Seuls les ancrages pour sièges d’appoint reçoivent une cote marginale, car difficiles d’usage, mais avouons que les jeunes familles ne sont pas la clientèle cible ici… La berline comporte l’un des rares coussins gonflables centraux de l’industrie, une touche supplémentaire pour la protection des occupants si le pire devait arriver. Pour l’éviter, la G80 surveille le degré d’attention du conducteur, les angles morts et la circulation transversale arrière, se maintient activement dans sa voie et peut freiner automatiquement pour éviter une collision. La G80 offre aussi des caméras associées aux clignoteurs qui affichent au tableau de bord une image des angles morts, très pratiques en ville le long des axes cyclables, et un bel incitatif au bon usage des clignotants!

Caractéristiques : 9/10

Comme pour les autres VÉ du conglomérat Hyundai, la G80 offre la fonction V2L, pour « Vehicle to load », qui permet à votre voiture de devenir une source d’énergie de 3,6 kW pour alimenter divers appareils, ou même un bâtiment. Le portillon de recharge est camouflé dans la calandre, un emplacement moins qu’idéal dans notre climat où il sera exposé à la glace et aux projections de la route; au moins, il est à ouverture manuelle en lieu des gadgets électrifiés des Hyundai Ioniq5 et Kia EV6. La G80 Electrifiée n’est offerte que dans la livrée Prestige, soit le sommet de gamme chez Genesis. Des boiseries élaborées avec des résidus de bouleau et de la résine de même que du cuir Nappa teint par des méthodes naturelles et des moquettes constituées de résidus de fibres ajoutent un côté écolo à tout ce luxe. Le contenu technologique est à la hauteur du prix demandé; citons le contrôle actif du bruit, une suspension adaptative régie par des caméras qui lisent la chaussée, un régulateur de vitesse avec apprentissage par intelligence artificielle, un siège du conducteur avec fonctions de massages et pour faire de même avec vos oreilles, une chaîne audio Lexicon de 1 050 W (!) et 21 haut-parleurs.

Habitabilité : 7/10

Une plateforme conçue pour recevoir une mécanique thermique conventionnelle apporte toujours son lot de compromis. Ici, en montant à bord pour la première fois, on avait la curieuse impression d’être assis trop haut dans la voiture, et effectivement, tous les sièges sont rehaussés pour faire place à la batterie, faisant perdre 20 mm d’espace pour la tête à l’avant et 38 mm à l’arrière. L’insertion du moteur sur l’essieu arrière vient aussi avancer la banquette, qui perd 71 mm d’espace pour les jambes, tandis que le coffre perd 57 litres de capacité en plus de devoir sacrifier un plancher complètement plat. Pas de coffre avant pour compenser, mais le couvercle est totalement électrifié, comme pour s’excuser. Assis à l’arrière, du haut de mes 1,80 m, mon scalp touche au revêtement en plastique recyclé du plafond, et on comprend alors pourquoi Genesis a supprimé le toit panoramique, question de préserver quelques mm d’espace. Les passagers moins grands ne percevront pas la diminution de l’espace pour les jambes, qui reste très généreux, et passé l’effet tabouret du siège avant du conducteur, on est très à l’aise au volant de ce yacht du bitume.

Confort : 8,5/10

Lestée par les 1 204 livres de sa batterie qui loge au sous-sol, la G80 Electrifiée nous ramène à l’ancien crédo Jaguar : espace, grâce et cadence. Le silence mécanique est total, comme il se doit dans un VÉ, les sonorités de sécurité à basse vitesse étant peu audibles de l’intérieur. Les sièges avant, à 16 ajustements électriques pour le conducteur et 12 pour le passager, vous supportent de façon impeccable et les suspensions livrent l’illusion de survoler le bitume sans le toucher, mais sans aucun flottement. Lors d’un long trajet autoroutier par temps froid, seul le chauffage nous a paru en retrait, la faute au choix du mode « Eco » pour optimiser l’autonomie, et du réglage initial à 20 degrés qui ajoutait trop d’air froid au mélange. La qualité des matériaux, les agencements et le design d’ensemble signent un luxe aussi perçu que ressenti.

Économie de carburant : 7,5/10

Créditée d’une autonomie de 454 km par l’Énerguide, dotée d’un chargeur embarqué de 10,9 kWh et capable d’une recharge DC haute vitesse de 350 kW qui vous amène de 10% à 80% de charge en seulement 22 minutes, la G80 Electrifiée semblait toute indiquée pour un confortable aller-retour Montréal-Québec zéro carbone en ce début d’hiver sans neige. L’essai en conditions réelles ne fut toutefois pas sans anxiété. Notre parcours de 237 km a débuté après une pleine charge sur notre borne domestique, batterie à 100% et autonomie anticipée par l’ordinateur de bord de 388 km avec chauffage, 424 sans. On place la voiture en mode Eco, le chauffage en mode Eco automatique à 20°C et le régulateur de vitesse à 115 km/h. Nous arriverons finalement à destination avec seulement 70 km d’autonomie restante, pour un total théorique d’environ 300 km. Les bornes publiques ne suivent pas la cadence des manufacturiers, et nous n’avons gagné que 25 km après 90 minutes sur une borne Niveau 2, et il aura fallu une pleine heure sur une borne rapide près de notre hôtel (limitée à 50 kWh) pour ramener la charge à 90%. Une troisième recharge le lendemain matin sur borne Niveau 2 nous a offert le plein 100% de batterie pour le trajet du retour, qui s’est soldé cette fois avec un résiduel de 152 km d’autonomie, malgré plus de chauffage. Que s’est-il passé? Vers Québec, malgré son aérodynamisme poussé. La G80 a dû lutter contre un fort vent de face, alors qu’au retour, tout était calme. Morale de cette histoire : outre le froid, les VÉ sont également très sensibles au vent. Face à ce dernier, la G80 maintenait une consommation décevante oscillant entre 27 et 30 kWh / 100 km, alors qu’au retour notre conduite a été créditée d’une moyenne remarquable de 21,2 kWh / 100 km, pour une note finale de 24,4 kWh/100 km après près de 700 km à bord.

Valeur : 7,5/10

Genesis fait dans le forfait tout inclus, la G80 Electrifiée se détaillant 105 000 $, peu importe le coloris choisi. Aucune subvention pour VÉ n’est applicable à ce niveau de prix, et l’électrification ajoute 22 500 $ à la G80 essence équivalente, ce qui n’est pas rien. Dans le monde des VÉ de luxe, ses concurrentes les plus proches sont la BMW i7 (160 000 $), la Mercedes-Benz EQS (146 500 $), l’Audi e-tron GT (135 450 $) et la Tesla Model S (135 000 $). Les berlines intermédiaires électriques se faisant rares, sa rivale la plus directe sera la Mercedes-Benz EQE dont la date de lancement et les prix canadiens n’ont pas encore été dévoilés au moment d’écrire ces lignes. Il reste qu’aucune de ces bagnoles n’approche le luxe traditionnel mis de l’avant par Genesis, ce qui en fait une offre unique sur le marché des VÉ, et à tarif somme toute concurrentiel.

Conclusion

À titre de version électrifiée d’une berline intermédiaire de luxe, un créneau déjà en retrait des tendances du marché, la G80 Electrifiée est condamnée à demeurer un produit de niche. Et avec le tout au techno des concurrents, des excès comme ceux de la Mercedes-Benz EQS, peu récompensés par la critique, pourront rebiffer plus d’un acheteur dans ce segment feutré. L’amateur de luxe traditionnel, qui a bien peu à se mettre sous la dent ces jours-ci, gagnera à visiter une concession Genesis. Il y découvrira une berline électrique conservatrice face à ses rivales, mais qui remplit néanmoins très bien sa mission et à prix somme toute concurrentiel. Notre trajet de retour et ceux faits par des collègues montrent que son efficacité énergétique est remarquable, mais l’hiver restera toujours un défi pour les VÉ. Contre tous vents, Genesis nous a livré un amalgame de luxe traditionnel et de technologie fort intéressant, mais il est dommage que les compromis issus de la version essence affectent son habitabilité.

Les concurrents
Caractéristiques
Cylindrée n/a
Nb. de cylindres n/a
Puissance 365 ch
Couple 516 lb-pi
Consommation de carburant 19,9 / 23,6 / 21,7 kWh/100 km ville/route/comb
Volume de chargement 304 L
Modèle à l'essai Genesis G80 Electrifiée 2023
Prix de base 105 000 $
Taxe climatiseur 100 $
Frais transport et préparation Inclus
Prix tel qu’essayé 105 100 $
Équipement en option
Aucun